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De nouvelles projections de l’AIEA relatives à l’énergie prévoient une réduction possible du rôle de l’énergie nucléaire

37/2018
Vienne (Autriche)
nuclear power and climate change

La centrale nucléaire de Bohunice dans l’ouest de la Slovaquie. (Photo : JAVYS/Bohunice)

D’après un nouveau rapport de l’AIEA, la capacité de production d’électricité à partir de l’énergie nucléaire risque de baisser au cours des prochaines décennies, les réacteurs vieillissants étant mis hors service et l’industrie faisant face à une compétitivité réduite. Cette tendance à la baisse pourrait contrarier les efforts mondiaux visant à atténuer les changements climatiques, a déclaré Yukiya Amano, Directeur général de l’AIEA.

La 38e édition, publiée aujourd’hui, de Energy, Electricity and Nuclear Power Estimates for the Period up to 2050, présente en détail et par région les tendances mondiales en ce qui concerne l’énergie nucléaire. Ses projections1 pour la capacité de production d’électricité d’origine nucléaire sont présentées sous la forme d’estimations basses et hautes, qui reflètent les principaux facteurs ayant un impact sur l'utilisation à l’échelle mondiale de la source d’énergie à bas carbone.

Dans l’ensemble, les nouvelles projections donnent à penser que l’électronucléaire aurait du mal à maintenir sa position actuelle dans le bouquet énergétique mondial. Dans l’hypothèse basse pour 2030, les projections indiquent une baisse de la capacité de production d’électricité d’origine nucléaire de plus de 10 % à partir d’une capacité installée nette de 392 gigawatts électriques (GWe) à la fin de 2017. Dans l’hypothèse haute, la capacité de production augmenterait de 30 % à 511 GWe, soit une baisse de 45 GWe par rapport à la projection de l’année dernière. Sur le long terme, l’hypothèse basse prévoit une baisse de la capacité de production jusqu’en 2040 puis un rebond jusqu’aux niveaux de 2030 d’ici le milieu du siècle, où le nucléaire devrait fournir 2,8 % de la capacité de production mondiale, contre 5,7 % aujourd’hui.

« La tendance à la baisse dans notre projection basse pour la capacité installée jusqu’en 2050 donne à penser qu’en l’absence de progrès significatifs permettant d’exploiter tout le potentiel de l’électronucléaire, il sera difficile pour le monde d’assurer un approvisionnement en énergie suffisant pour parvenir au développement durable et atténuer les changements climatiques », déclare M. Amano.

L'écart important entre les projections s'explique également par le grand nombre de réacteurs dont la mise hors service est prévue vers 2030 et au-delà, en particulier en Amérique du Nord et en Europe, et par la question de leur remplacement par de nouvelles capacités nucléaires.

En 2017, l’énergie nucléaire a produit environ 10 % de l’électricité mondiale, représentant près d’un tiers de l’électricité à bas carbone totale. À l’heure actuelle, les 455 réacteurs nucléaires de puissance en service dans le monde ont battu un record en atteignant une capacité installée nette totale de 399,8 GWe.

À court terme, les perspectives de croissance de l’électronucléaire devraient, d’après le rapport, subir les conséquences des bas prix du gaz naturel, de l’impact des sources d’énergie renouvelable sur les prix de l’électricité, et des politiques nucléaires nationales de nombreux pays, suite à l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi en 2011 au Japon. En outre, l’industrie électronucléaire doit faire face à une augmentation du temps et des coûts de construction due au renforcement des prescriptions de sûreté, aux difficultés liées à la mise en place de technologies avancées et à d’autres facteurs.

Néanmoins, l’intérêt pour l’électronucléaire est toujours fort dans les pays en développement, en particulier en Asie, où des pays comme la Chine et l’Inde ont besoin de grandes quantités d’électricité et veulent également réduire les émissions de gaz à effet de serre. D’après la publication, les engagements convenus lors de la 21e session de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP21) pourraient aussi avoir un impact positif sur l’essor de l’énergie nucléaire dans le futur.

Tendances régionales

Amérique du Nord : la capacité de production d’électricité d’origine nucléaire pourrait baisser de près d'un tiers en 2030 dans l’hypothèse basse, ou se maintenir proche des niveaux de 2017 dans l’hypothèse haute.

Amérique latine et Caraïbes : la capacité de production d’électricité d’origine nucléaire devrait augmenter dans les deux hypothèses, mais son importance restera réduite au cours des prochaines décennies.

Europe septentrionale, occidentale et méridionale : dans ces régions, plusieurs pays ont annoncé un abandon progressif de l’électronucléaire. Les projections indiquent soit une baisse jusqu’à 30 % de la capacité de production, soit une légère augmentation d’ici 2030.

Europe orientale : la capacité de production devrait se maintenir aux niveaux actuels ou augmenter de 30 % au cours des deux prochaines décennies.

Afrique : dans l’hypothèse basse, la capacité de production resterait à ses niveaux actuels bas, avec une hausse possible vers 2050.

Asie de l'Ouest : une augmentation significative de la capacité de production est attendue dans les hypothèses basse et haute.

Asie du Sud : dans les deux hypothèses la capacité de production devrait continuer à augmenter.

Asie centrale et orientale : une hausse significative de la capacité de production d’énergie d’origine nucléaire est prévue par les hypothèses basse et haute.

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1 Les projections portent autant sur la capacité disponible (qui alimente déjà le réseau électrique) que sur la capacité nominale installée (disponible, mais n’alimentant pas le réseau).

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