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Prolifération d’algues toxiques : des techniques nucléaires comme moyen de réduire la toxicité et de prévenir les effets sur la santé

Tiré du Bulletin de l’AIEA
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Des chercheurs de l’AIEA prélèvent des échantillons pour analyser les toxines grâce à la technique du dosage récepteur-ligand.

(Photo : AIEA)

Au cours des dix dernières années, les algues toxiques ont proliféré sur une zone géographique de plus en plus large et leur intensité n’a cessé de croître, un changement lié au réchauffement climatique (article en anglais). Un nombre croissant de pays s’oriente vers la science nucléaire en vue de recenser et de mesurer ces proliférations d’algues toxiques et les biotoxines qu’elles produisent, pour ensuite, grâce à ces données, mettre en place des politiques et des mesures pour maîtriser plus efficacement leur impact.

Chaque année, les proliférations d’algues toxiques sont responsables de milliers d’intoxications dans le monde dues à la consommation de produits de la mer contaminés et à l’inhalation de toxines de l’air. « Il est devenu urgent de lutter à l’échelle mondiale contre ces proliférations d’algues, qui sont manifestement plus fréquentes et plus intenses et concernent des zones géographiques plus étendues », a expliqué Marie-Yasmine Dechraoui Bottein, chercheuse aux Laboratoires de l’environnement de l’AIEA à Monaco.

Les algues microscopiques qui sont à la base de la chaîne alimentaire marine fournissent des nutriments aux organismes marins et produisent plus de la moitié de l’oxygène terrestre. Cependant, des facteurs comme la température de l’eau de surface, la circulation de l’eau et du vent, le mouvement naturel des eaux riches en nutriments vers la surface ou l’accumulation de ruissellements agricoles dans les mers peuvent entraîner des proliférations d’algues, qui contiennent parfois des espèces toxiques.

Si on a bien défini les stratégies d’atténuation de l’impact des efflorescences planctoniques toxiques, qui flottent dans l’eau, il existe encore des lacunes dans la compréhension scientifique des efflorescences se produisant sur le plancher océanique, constituées d’espèces dites « benthiques ». Selon Clémence Gatti, chercheuse à l’Institut Louis Malardé, en Polynésie française, des changements environnementaux liés aux changements climatiques pourraient aggraver la situation dans les zones tropicales, car les récifs coralliens morts constituent de bons habitats pour les macroalgues. Compte tenu du nombre croissant de coraux qui meurent, il y a tout lieu de s’attendre à une prolifération des efflorescences algales benthiques nuisibles entraînant des risques pour la santé. De la même manière, avec l’augmentation des températures dans le monde, des espèces tropicales toxiques prospèrent dans des zones plus vastes des mers et océans subtropicaux et tempérés.

Les effets des maladies d’origine alimentaire sont du même ordre que ceux de maladies comme le paludisme et la tuberculose. Des travaux supplémentaires sont nécessaires pour recueillir des données et mettre au point des méthodes qui permettent aux États de prendre en compte cette question.
Angelika Tritscher, coordonnatrice au Département Sécurité sanitaire des aliments et zoonoses de l’OMS

L’intoxication ciguatérique est l’une des maladies les plus courantes : il s’agit d’une intoxication non bactérienne due aux produits de la mer causée par l’ingestion de poisson contaminé par les toxines ciguatériques provenant des efflorescences algales benthiques nuisibles. La ciguatera, qui se limitait auparavant aux régions tropicales et subtropicales, s’est désormais répandue dans les eaux côtières européennes.

« C’est une maladie complexe qu’on ne comprend pas encore bien », a affirmé Clémence Gatti. « Elle peut se manifester sous la forme de 175 symptômes différents qui peuvent durer des mois, voire des décennies, ce qui rend le diagnostic et la prise en charge difficiles pour les médecins. »

L’AIEA travaille avec des scientifiques du monde entier pour renforcer la capacité à détecter avec exactitude les toxines dans l’environnement et les produits de la mer, de façon à pouvoir mettre en œuvre des mesures, telles que des fermetures de lieux de pêche et des interdictions de consommer des produits de la mer lorsque le risque d’intoxication est élevé (voir l’encadré « En savoir plus »).

Angelika Tritscher, coordonnatrice au Département Sécurité sanitaire des aliments et zoonoses de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), a souligné que « les effets des maladies d’origine alimentaire sont du même ordre que ceux de maladies comme le paludisme et la tuberculose », ajoutant que des travaux supplémentaires sont nécessaires pour recueillir des données et mettre au point des méthodes qui permettent aux États de prendre en compte cette question.

L’AIEA continuera de collaborer avec d’autres organismes de l’ONU pour faire face aux nouveaux risques que peuvent entraîner les proliférations d’algues toxiques. « Une meilleure évaluation des risques associés aux proliférations d’algues toxiques permettra de réduire leur impact sur la santé humaine, l’économie et la société dans son ensemble, et contribuera à la réalisation des objectifs de développement durable », a déclaré Marie-Yasmine Dechraoui Bottein.

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