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La sécurité nucléaire : un impératif durable

Lisa E. Gordon-Hagerty

Pendant plus d’une génération, la crainte que des terroristes acquièrent l’arme nucléaire et en fassent usage a motivé les États Membres à mettre en œuvre, en coopération avec l’AIEA, divers moyens d’empêcher des acteurs non étatiques d’entrer en possession de matières nucléaires. On imagine aisément les conséquences désastreuses qui s’ensuivraient s’ils échouaient dans cette tâche. Ainsi, Kofi Annan, ancien Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, présageait qu’un acte de terrorisme nucléaire, non seulement sèmerait la mort et la destruction, mais ferait vaciller l’économie mondiale et jetterait des dizaines de millions de personnes dans une pauvreté extrême.
 

Depuis le début du siècle, des groupes terroristes ont commis des actes d’une barbarie indicible à New York, à Madrid, à Londres, à Paris, à Bruxelles, à Bali ainsi que dans tout le Moyen-Orient et en Afrique. L’utilisation d’armes chimiques par l’État islamique en Syrie et en Iraq montre que celui-ci pourrait commettre des actes de violence de bien plus grande échelle s’il en avait les moyens, et d’autres groupes terroristes ont exprimé leur volonté de se procurer davantage d’armes plus destructrices, notamment des capacités nucléaires. Malheureusement, cette perspective est loin d’être irréaliste. Al-Qaïda était suspecté de chercher à acquérir des armes nucléaires dans les années 1990 et, depuis lors, l’usage de matières nucléaires pouvant servir à fabriquer des armes a été interdit dans plus d’une vingtaine d’activités si ces matières ne sont pas soumises à un contrôle réglementaire.

Si la construction d’un dispositif nucléaire nécessite des ressources considérables et des compétences de haut niveau en science et en ingénierie, on ne peut supposer que les terroristes buteront indéfiniment sur ces obstacles. Le seul moyen de garantir que ces acteurs malveillants n’obtiennent jamais les armes les plus puissantes au monde est de les empêcher d’acquérir des matières nucléaires.

Au cours des dix dernières années, les États-Unis et leurs partenaires ont, en collaboration avec l’AIEA, fait des progrès considérables sur le plan de la sécurisation des matières nucléaires et radioactives ainsi que des installations associées, réduisant dans une large mesure leur vulnérabilité. Il reste néanmoins beaucoup à faire et, cette menace ne connaissant pas de frontières, les efforts déployés pour la contrer doivent absolument s’inscrire dans un cadre international. L’AIEA, principale coordinatrice à l’échelle mondiale des questions de sécurité nucléaire, est l’organe international le mieux à même d’aider les États à améliorer la sécurité nucléaire et de favoriser l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire. Ainsi, la Conférence internationale sur la sécurité nucléaire qui avait pour thème « soutenir et intensifier les efforts » (ICONS 2020), organisée en février 2020, est une occasion idéale de renforcer notre engagement à veiller à ce que ces matières ne tombent jamais entre les mains de terroristes.

L’AIEA ayant à maintes reprises été le lieu de délibérations fructueuses, qui ont permis la résolution de nombreux problèmes, ICONS 2020 offre une excellente occasion de promouvoir la sécurité nucléaire internationale. Cette conférence réunit de hauts responsables gouvernementaux et des experts en sécurité nucléaire du monde entier pour leur permettre de communiquer sur leurs travaux et les meilleures pratiques, d’évaluer les approches actuelles et d’en proposer de nouvelles, mais aussi de définir les priorités futures en matière de sécurité nucléaire.

Aussi importante qu’elle soit pour la sécurité nucléaire dans le monde, ICONS 2020 n’est pourtant qu’une composante d’une action de plus grande ampleur. En 2021, l’AIEA accueillera la Conférence des parties à l’Amendement à la Convention sur la protection physique des matières nucléaires de 2021 (Conférence A/CPPMN 2021). Un amendement visant à élargir la portée de la CPPMN de 1979 a été adopté en 2005. Il a considérablement étendu les prescriptions initiales, relatives à la protection des matières nucléaires utilisées à des fins pacifiques pendant le transport international, en prévoyant la protection des matières en cours d’utilisation, d’entreposage et de transport sur le territoire national. L’Amendement à la CPPMN est entré en vigueur en 2016 et constitue la pierre angulaire du régime international de sécurité nucléaire. Il s’agit du seul instrument juridiquement contraignant qui couvre la protection physique des matières et installations nucléaires. Fin 2019, près de 40 États parties à la CPPMN n’avaient pas encore ratifié cette convention. J’encourage tous les États qui ne l’ont pas encore fait à ratifier la convention et son amendement avant ICONS 2020, comme les États-Unis l’ont fait avec fierté.

Enfin, j’exhorte les parties à l’Amendement à la CPPMN à veiller à mettre en œuvre les dispositions de cet instrument. Les États parties doivent en particulier mettre en place les cadres juridiques nécessaires pour permettre une protection physique efficace des matières nucléaires et ériger en infractions certains actes, comme le vol ou la contrebande de matières nucléaires. Ceci est crucial pour la coopération internationale dans le cadre de l’Amendement à la CPPMN, y compris l’échange d’informations sur les menaces de sécurité nucléaire et la poursuite ou l’extradition de personnes suspectées d’avoir commis des infractions visées dans l’amendement.

Une question hante tous ceux d’entre nous qui sont chargés de lutter contre le terrorisme nucléaire : si une telle attaque devait avoir lieu, que regretterions-nous de ne pas avoir fait pour l’éviter ? Les priorités définies dans le cadre d’ICONS 2020 et d’autres rencontres internationales constituent des orientations claires que nous devons suivre pour renforcer la sécurité nucléaire et rendre le monde plus sûr. Il convient à présent de faire preuve de volonté pour que nous puissions voir ces objectifs se concrétiser et honorer nos responsabilités vis-à-vis des générations futures.

 

Sous-Secrétaire à la sécurité nucléaire du Ministère de l’énergie des États-Unis et administratrice à l’Administration nationale de la sécurité nucléaire

February, 2020
Vol. 61-1

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