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Encourager les femmes à s’engager dans la sécurité nucléaire

Kendall Siewert

Si les femmes sont de plus en plus présentes dans les domaines de la sécurité nucléaire et du nucléaire en général, elles continuent d’y être sous-représentées. Nous nous sommes entretenus avec des femmes responsables de la sécurité nucléaire pour connaître leur expérience, les occasions qui se sont présentées à elles et les défis qu’elles ont dû relever dans ces domaines.

Nataliia Klos, spécialiste principale de la protection physique au Ministère ukrainien de l’énergie et de la protection de l’environnement

Alors qu’elle préparait un master en administration publique, Nataliia Klos a eu un premier contact avec la sécurité nucléaire lors d’un stage dans le domaine de la protection physique qu’elle a effectué au Ministère ukrainien des combustibles et de l’énergie, devenu aujourd’hui le Ministère de l’énergie et de la protection de l’environnement.

Après avoir obtenu son diplôme et été employée par ce ministère, Nataliia Klos en a appris davantage sur la sécurité nucléaire dans le cadre de sa participation aux missions du Service consultatif international sur la protection physique (IPPAS) accueillies par l’Ukraine.

« Très vite, j’ai eu l’occasion de visiter des centrales nucléaires dans le cadre de missions IPPAS », confie-t-elle. « Y aller en personne, alors que je connaissais l’histoire de l’électronucléaire et les problèmes qu’il pouvait poser, m’a aidé à prendre conscience du caractère essentiel du travail de protection physique et de son importance s’agissant de maintenir la sûreté des personnes et de l’environnement. » Depuis, elle a participé à une mission IPPAS en tant qu’experte en vue d’aider d’autres pays.

En plus de son travail, Nataliia Klos met en place un programme de master en protection physique à Kiev. Elle entend aider les jeunes à acquérir les connaissances nécessaires pour travailler dans ce domaine et contribuer à accroître le nombre de spécialistes en Ukraine, pays qui a un vaste programme électronucléaire.

D’après elle, la formation théorique et pratique peut aider les gens à faire entendre leur voix, ce qui reste un défi pour les femmes dans ce domaine. « Je travaille avec beaucoup de professionnels chargés de l’application de la loi. En général, ils écoutent d’abord les hommes et ensuite, parfois, les femmes. On m’a même dit que la place des femmes n’était pas au travail, mais à la maison. Or, pour les femmes comme pour les hommes, le travail est un droit. »

Malgré ces difficultés, Nataliia Klos encourage les jeunes professionnelles que cela intéresse à embrasser une carrière dans la sécurité nucléaire. « Les temps changent et, aujourd’hui, plus d’occasions s’offrent aux femmes dans la sécurité nucléaire qu’avant, constate-t-elle. Mon conseil, c’est apprendre autant que l’on peut, car les connaissances ouvrent des portes. On ne sait jamais ce qui nous servira à l’avenir. »

Judith Rodriguez Bustamante, administratrice adjointe des affaires internationales à l’Administration générale des douanes au Mexique

Lorsque Judith Rodriguez Bustamante a commencé à travailler à l’Administration générale des douanes du Mexique pour aider à renforcer la sécurité nucléaire, le sujet était entièrement nouveau pour elle, et elle avait tout à apprendre. Aujourd’hui, forte de plus de dix ans d’expérience comme experte, elle organise des ateliers et des cours à l’intention d’agents des douanes et de personnes d’autres services.

Compte tenu de ses compétences relatives à la prévention du trafic illicite de matières nucléaires et d’autres matières radioactives, Judith Rodriguez Bustamante a été invitée à siéger au Groupe consultatif sur la sécurité nucléaire (AdSec) de l’AIEA en tant qu’experte de haut niveau en sécurité nucléaire. Ce groupe, composé d’experts de l’AIEA et d’experts internationaux, conseille le Directeur général de l’AIEA sur les activités de sécurité nucléaire à l’échelle mondiale. « Avoir été autour d’une table avec d’autres experts en sécurité nucléaire du monde entier m’a permis d’approfondir ma connaissance des questions de sécurité nucléaire », explique-t-elle.

Bien qu’elle ait maintenant l’occasion de s’asseoir à de nombreuses tables où ce sujet est traité, elle fait remarquer que le déséquilibre entre les sexes reste important. « Faire entendre la voix et l’expérience des femmes et faire accepter leur ténacité et leurs connaissances dans le domaine de la sécurité nucléaire, cela relève du défi. Je suis heureuse de constater qu’aux réunions de l’AIEA, le principe de parité entre les hommes et les femmes est respecté. Cependant, à de nombreuses réunions sur la sécurité auxquelles je participe dans le cadre de mon travail, il n’y a que deux ou trois femmes sur une trentaine de participants. ».

Judith Rodriguez Bustamante estime que pour que les choses puissent changer, tous ceux qui s’engagent dans ce domaine devraient faire preuve d’ouverture d’esprit et être prêts à apprendre tout au long de la vie. « Les femmes qui, comme moi, travaillent déjà dans ce domaine doivent se rappeler qu’au quotidien, dans notre travail, nous préparons le terrain pour celles qui nous succéderont », conclut-elle.

Nirasha Rathnaweera, responsable scientifique à la Division des services de radioprotection et des services techniques du Conseil de l’énergie atomique de Sri Lanka

Si un douanier du Port de Colombo, à Sri Lanka, entend une alarme due à des rayonnements, Nirasha Rathnaweera est l’une des premières personnes à être avertie. En tant que membre d’une équipe d’appui d’experts qui évalue les éventuelles alarmes de sécurité nucléaire dans ce port, Nirasha Rathnaweera utilise des instruments de détection des rayonnements pour inspecter le conteneur ayant déclenché l’alarme et vérifier s’il contient des matières radioactives. Elle aide ainsi les autorités à décider des mesures à prendre.

« Au cours des quatre dernières années, notre équipe a aidé à confirmer environ 14 détections », se souvient-elle. « Parallèlement, j’ai donné des cours, destinés aux premiers intervenants lors d’un événement de sécurité nucléaire, sur les stratégies de détection aux fins de la surveillance aux frontières, et ai permis aux participants d’acquérir des compétences techniques. » Outre ces activités, Nirasha Rathnaweera est responsable scientifique au Conseil de l’énergie atomique de Sri Lanka, et aussi chercheuse principale dans le cadre d’un projet de recherche coordonnée de l’AIEA sur l’amélioration de l’évaluation des premières alarmes.

Si l’emploi du temps de Nirasha Rathnaweera est chargé, requérant parfois une astreinte 24 heures sur 24, l’une des principales difficultés auxquelles elle dit se heurter est liée à sa condition de femme. « Les gens pensent souvent que, parce que je suis une femme, je n’ai pas de connaissances suffisantes pour être sur le terrain, déplore-t-elle. Mais quand ils travaillent avec moi, ils changent d’avis et se rendent compte qu’ils peuvent apprendre à mes côtés. »

D’après elle, cela peut s’expliquer par le fait qu’il y a encore trop peu de femmes ayant les compétences et la formation appropriées. « Nous devons faire acquérir à davantage de femmes les connaissances nécessaires pour travailler dans le domaine de la détection de rayonnements », indique-t-elle. « Les femmes que cela intéresse ne devraient pas s’arrêter à des considérations liées aux sexes. Si elles souhaitent travailler dans ce domaine, je les encourage à se lancer. »

L’AIEA a recueilli et diffuse ces témoignages dans le cadre de ses activités visant à changer les idées reçues ainsi qu’à aider les femmes à acquérir un plus grand pouvoir d’action et à être plus représentées dans les domaines de la sécurité nucléaire et du nucléaire en général.

February, 2020
Vol. 61-1

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